2ème Coupe du Monde pour Clément TURPIN

Edition Ligue de Bourgogne/Franche-Comté de Footballl

Clément TURPIN, arbitre FIFA et Conseiller Technique Régional en Arbitrage de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté de Football se prépare pour vivre sa seconde Coupe du Monde. Découvrez l’interview de notre arbitre burgo-comtois réalisée avant son départ pour le Qatar. Il fait partie de la délégation arbitrale, composée de 6 personnes, qui représentera la France du 21 novembre au 18 décembre 2022.

Ligue Bourgogne-Franche-Comté : Comment tu te prépares pour cette Coupe du Monde ? As-tu eu une préparation physique ou mentale spécifique ?

Clément TURPIN : Au niveau athlétique, on a dû adapter les plans. L’idée était d’avoir un pic de forme en novembre et décembre. On a fait une préparation estivale un petit peu différente afin d’avoir ce pic de forme en fin d’année. Sur les autres aspects, il n’y a pas forcément beaucoup de changement. En tant qu’arbitre, notre saison est rythmée par des échéances sportives régulières importantes tant au niveau national avec la Ligue 1, qu’au niveau européen avec la Ligue des Champions. Il y avait une exigence de performance dès le début de saison. On a utilisé les mêmes outils de préparation sur le plan technique avec le travail basé sur les vidéos, le travail sur l’anglais pour renforcer les automatismes, et puis le suivi médical.

LBFC : Ce sera ton second Mondial après celui en Russie en 2018. Quels sont tes souvenirs de la précédente Coupe du Monde ?

CT : J’ai deux souvenirs forts de ma première Coupe du Monde. D’abord, le match d’ouverture entre la Russie et l’Arabie Saoudite au stade Loujniki de Moscou, devant près de 80.000 spectateurs, avec la cérémonie officielle… Nous étions spectateurs dans les tribunes et il y avait une effervescence très forte, on sentait qu’on démarrait quelque chose de grand ! Mon second souvenir, c’était l’annonce de notre première désignation en Coupe du Monde. On arbitrait Uruguay / Arabie Saoudite à Rostov-sur-le-Don. Quand on voit son nom apparaître sur l’écran lors de la cérémonie officielle des désignations, on se dit : « ça y est, on y va » ! C’était deux chouettes moments.

LBFC : Y a-t-il des anecdotes qui t’ont également marqué sur le terrain en 2018 ?

CT : Oui, après le match de Rostov, on savait qu’on avait fait une bonne prestation, et on s’est retrouvé dans le vestiaire avec Nicolas et Cyril, mes deux assistants de toujours. On ne s’est pas dit grand-chose, on s’est juste regardé en se disant : « On a fait notre premier match de Coupe du Monde » ! En fait, on n’avait pas de mot. Les regards ont suffi et montraient qu’on était fier. C’était un beau moment. J’ai également eu la chance d’être 4ème arbitre lors d’un huitième de finale entre la Russie et l’Espagne qui se finit aux tirs au but. La Russie, pays hôte, gagne et élimine l’Espagne au stade Loujniki de Moscou. C’était une sacrée ambiance ! Ce sont deux petites anecdotes qui resteront des grands souvenirs pour moi.

LBFC : Quelle différence y a-t-il entre arbitrer un match de Ligue 1 ou de Ligue des Champions et arbitrer un match de Coupe du Monde ?

CT : Les équipes nationales, ça a un parfum complètement différent. Il y a une intensité qui est très différente de ce qu’on peut voir en Ligue 1. Quand les joueurs portent le maillot de leur équipe nationale, on sent qu’il y a des impacts plus intenses sur le terrain. Il y a une densité de jeu qui est plus forte. Ça va plus vite, ça va plus fort, ça va plus haut ! A nous, arbitres, d’être prêts à ça et de nous adapter. On essaie toujours d’accompagner les joueurs dans cette volonté de produire un jeu encore plus intense, mais ça demande aussi de mettre des limites, peut-être encore plus fortes, car les chocs peuvent être encore plus durs. On doit mettre le curseur au bon niveau par rapport à ça.

LBFC : Une fois que ta désignation pour un match est connue, ton approche avant une rencontre de Coupe du Monde est-elle différente d’un autre match ?

CT : La configuration de cette Coupe du Monde est particulière puisqu’il va y avoir 8 stades dans la même ville ! En termes de déplacement, ce sera beaucoup plus facile. A partir du moment où on va avoir notre désignation, qui va tomber 2 ou 3 jours avant le match, on rentre dans un groupe de préparation athlétique avec des séances individualisées prises en charge par le staff de la FIFA. De notre côté, on a un gros travail de préparation sur les équipes que l’on va arbitrer. Nous serons accompagnés par des analystes vidéo qui seront des ressources pour analyser les structures tactiques des équipes, leur approche en termes de coup de pied arrêté, les stratégies mises en place pour l’alignement du hors-jeu… Il y a un vrai travail d’analyse globale, à la fois technique et tactique, des 2 équipes que l’on va rencontrer deux jours après.

LBFC : Comment se passe la vie pour les arbitres lors d’une Coupe du Monde ?

CT : Il y a une vraie unité de vie lors de l’événement et une unité de lieu. On est tous regroupé ensemble. Il faut savoir que la délégation arbitrale (arbitres, assistants, arbitres vidéo, 4èmes arbitres, staff technique, physique & médical), ce sont près de 120 personnes ! On va tous vivre ensemble. Cette délégation arbitrale est vraiment la 33ème équipe de ce Mondial ! C’est important qu’on ait cette vie commune et c’est chouette car on va passer du temps avec des collègues qui viennent du monde entier, avec des cultures différentes, des façons de vivre différentes, des façons de manger différentes… et le mélange de ces cultures est très enrichissant et source d’épanouissement. Aller à la rencontre des gens qui vivent la même passion que nous mais avec des codes un peu différents, ça c’est super agréable. Il y a l’aspect sportif, la compétition… mais ce partage et cette vie ensemble rendent cette aventure encore plus excitante !

LBFC : C’est quoi une « journée type » pour un arbitre lors d’un Mondial ?

CT : On a un programme avec généralement un entrainement le matin avec des objectifs différents car certains seront à -2 jours d’un match, d’autres à -1 jour d’un match, ou encore à +1 ou +2 jours d’un match… donc en fonction de notre planning, on va avoir des séances différentes. C’est pour ça qu’on est très bien suivi. On a un staff physique et médical extrêmement performant qui est présent. On va entrer dans ces programmes spécifiques qui vont être plutôt le matin et généralement, en fin de matinée, on regroupe l’ensemble des arbitres et il y a l’annonce des désignations des matchs à J+2 ou J+3. On est tous réunis dans la salle et ils annoncent de manière officielle les arbitres des matchs. Ce sont toujours des jolis moments parce que les arbitres qui sont désignés sont tous félicités. Une désignation, c’est quelque chose de fort ! L’après-midi est consacré aux soins et aux débriefings techniques des matchs qui se sont passés. Là encore, ce sont des moments intenses car on est entre nous et on se dit tout. Les choses qui ont été bien et celles moins bien pour voir comment faire en sorte que ça n’arrive pas. C’est un partage d’expériences !

LBFC : Tu officies en Ligue 1, tu as arbitré récemment le « Classico » PSG-OM et la finale de la dernière Ligue des Champions, tu arbitres régulièrement les plus grands joueurs et les grandes équipes. Quel est ton rêve aujourd’hui : arbitrer une finale de Coupe du Monde ?

CT : Alors des rêves, j’en ai… des objectifs, j’en ai plein encore… mais je les garde pour moi !

LBFC : Combien d’arbitres français t’accompagneront au Qatar ?

CT : Nous sommes une équipe de 6 Français avec mes 2 assistants de toujours, Nicolas DANOS (13 ans d’association !), et Cyril GRINGORE (7 ans d’association), Jérôme BRISARD et Benoit MILLOT, arbitres vidéo, et Stéphanie FRAPPART. C’est une vraie petite équipe de France d’arbitres qui sera au Qatar et ça aussi c’est une fierté. Cela montre que l’arbitrage français est reconnu !