24. juil., 2018

Pari mortel pour Skenderbeu, club albanais privé de coupe d'Europe pour dix ans

Truquer des matchs rapporte gros mais coûte cher: le plus grand club albanais, Skenderbeu, est KO debout après sa suspension pour dix ans de toute compétition européenne, la plus lourde sanction jamais infligée par l’UEFA.                                        

«Ne tuez pas notre rêve !», suppliaient en février à Korça (est) des milliers de supporteurs du club albanais de Skenderbeu, juste avant que ne fuite dans la presse britannique un rapport accablant de l'UEFA faisant état de la plus lourde sanction jamais infligée par l'instance.

S’appuyant sur son système de détection de paris frauduleux (Betting Fraud Detection System, BFDS), l’UEFA a estimé que 53 matchs de Skenderbeu ont été truqués depuis 2010: des rencontres nationales, européennes et «même amicales». «Ce club a truqué des matchs de football comme personne ne l’a jamais fait auparavant dans l’histoire de ce sport», écrit la commission de discipline de l’UEFA. 

"y a quelque chose qui ne va pas", tweete le gardien des Crusaders Sean O’Neill. 

Manque de coopération des autorités albanaises

 Ancien patron d’une chaîne de télévision, propriétaire d’un complexe hôtelier balnéaire, Ardian Takaj, 54 ans, s’indigne que l’UEFA lui prête «un rôle influent dans les activités illégales de Skenderbeu».

Skenderbeu paie la volonté de l’UEFA de «promouvoir son système» BFDS, aux dépens «d’un petit pays, d’un petit club, d’un petit budget». «Je ne pense pas que l’UEFA aurait osé prendre cette mesure contre une équipe occidentale», «sur la base de doutes nés de mouvements de cotes», dit-il: dans le rapport il n’y a «pas 1% d’investigation», «pas de sommes précises, pas de noms».

«L’UEFA est venue en Albanie il y a sept ans pour demander une enquête conjointe» mais s’est heurtée au «manque de coopération des autorités», relève Artan Shyti, recteur de l’université des Sports de Tirana et président de la fédération des compagnies albanaises de paris. «Toutes les enquêtes liées au football ont été classées par le parquet», renchérit le journaliste sportif Endi Tufa.

«Qui doit aller en prison ?»

L’Albanie dispose de 4.000 bureaux de paris pour ses 2,8 millions d’habitants. Sans compter les «bookmakers» clandestins, ni les sites en ligne, qui posent le plus de soucis, selon Artan Shyti. A son arrivée au pouvoir en 2013, le Premier ministre Edi Rama avait dit vouloir les bloquer pour «lutter contre le crime économique». Une mesure difficile à mettre en place.

Artan Shyti plaide pour qu’une partie des recettes fiscales des paris soit allouée aux clubs pour éloigner la tentation de «sources de financement illégales». Président depuis 2002 de la Fédération albanaise de football, Armando Duka concède qu’"une meilleure organisation (...) de la gestion des clubs est indispensable».

Il admet aussi que «le trucage des matchs est le cancer du football», un cancer «mondial». Mais il assure que son organisation s’implique: il a écrit en juin au parquet pour demander l’ouverture d’enquêtes. Car l’UEFA laisse des questions sans réponse, relève Artan Shyti: «Qui a parié ? Qui a gagné ? Et qui doit aller en prison ?»