27. août, 2017

Philippe KALT

Il détient le record du nombre de saisons en Ligue 1 et reste à ce jour le plus jeune arbitre ayant débuté dans l'élite. Philippe Kalt, deux ans après avoir rangé le sifflet, revient sur les grands moments d'une carrière à la longévité exceptionnelle. 


Il n'a pas changé et a gardé l'énergie qu'on lui connaissait lorsqu'il fréquentait les stades de Ligue 1. L'idylle entre Philippe Kalt et la Ligue 1 aura duré 21 ans. Le 5 août 1994, il débute en D1 lors de Lens/Rennes alors qu'il n'a que 25 ans. Un record de précocité jamais détrôné depuis. "Le fait de n'avoir que 25 ans n'était pas qu'un avantage. Il a fallu que je m'impose. J'étais contrôlé par Daniel Lambert ce soir-là. J'avais reçu de nombreux messages de soutiens par fax. Michel Vautrot m'avait accordé sa confiance et c'est à lui que je dois mes débuts en D1", explique ce colmarien de naissance qui n'oublie pas ceux qui ont contribué à sa fulgurante ascension : "Alphonse Ringler, Francis Zumsteeg, Georges Konrath, Michel Vautrot, Marc Batta et Daniel Lambert m'ont permis d'en arriver là".

 
Avant de venir à l'arbitrage, Philippe Kalt a été footballeur. A l'AS. Wintzenheim d'abord, au FC. Ingersheim ensuite. C'est à ce club qu'il va être affilié en tant qu'arbitre durant toute sa carrière. C'est également à Ingersheim qu'on lui propose de s'essayer au sifflet. "J'ai avant tout fait cela pour rendre service au club. Je pratiquais la course à pied en compétition et le club était en manque d'arbitres. J'ai été sollicité, un peu par accident". Son parcours donne presque le vertige tellement il a été fulgurant. Seulement deux ans après ses débuts en 1986, Philippe Kalt est nommé jeune arbitre de la Fédération. Suivra sa candidature d'arbitre de la Fédération, titre qu'il obtient en 1991. "Je garde notamment le souvenir d'un match de D4 entre Sarreguemines et Forbach au début des années 90 devant un public venu nombreux". A l'été 1992, l'arbitre haut-rhinois se retrouve promu en D2. Deux ans plus tard, le voici en D1. Il se retrouve le samedi 30 juillet 1994 au stade Vélodrome pour la réception du Mans. Ce match compte alors pour la 1ère journée du championnat de France de D2 où l'OM a été rétrogradé suite à l'affaire VA/OM. "Je me rappelle avoir reçu un fax de la Ligue Nationale de Football (LNF) à l'époque m'informant que Bernard Tapie avait l'interdiction d'être présent dans les vestiaires. A mon arrivée, je tombe sur lui. Nous avions eu l'occasion d'échanger et tout s'était bien passé". Une semaine après ce match à Marseille, Philippe Kalt effectue ses grands débuts dans l'élite lors de Lens/Rennes. Une carrière à la longévité exceptionnelle qui prend fin le 23 mai 2015 au stade de la Route de Lorient (devenu le Roazhon Park)  à l'occasion de Rennes/Lyon. "J'avais émis le souhait de terminer à Rennes par amour de la ville dans laquelle je me sentais bien. Ensuite, il y a toujours eu un respect mutuel avec Jean-Michel Aulas. Je n'oublie pas l'accueil remarquable toujours réservé aux arbitres par François Urien et Joseph Thébault puis aujourd'hui par Jean-Michel Pioc".

 
21 ans en Ligue 1 !

 
Philippe Kalt décrochera également son écusson international en 1998. Ses premiers pas sur la scène européenne auront lieu lors d'un tournoi de sélections nationales jeunes en Angleterre aux côtés notamment du portugais Vitor Melo Pereira. De Rome à Madrid, en passant par le Stade de France et Anfield, Philippe Kalt ne retient que les "bons souvenirs. J'ai connu deux phases. La première où j'ai essayé de m'imposer, où je faisais figure d'arbitre réputé trop sévère à mes débuts et une deuxième phase dans laquelle j'ai privilégié le relationnel et l'humain", dit celui qui dit avoir été marqué par les personnalités de Manuel Lopez Fernandez, Volker Roth ou encore Alfredo Trentalange lorsqu'il côtoyait le niveau international.

 
Entre cette première à Bollaert et la dernière à Rennes, Philippe Kalt a dirigé 358 rencontres de première division. Mais aussi une finale de coupe de France. En 2008 avec une affiche de gala entre le PSG et l'Olympique Lyonnais. "L'aboutissement d'une carrière. Un moment spécial avec deux équipes de prestige. Au moment du protocole au terme de la finale, j'avais pu être photographié aux côtés de Nicolas Sarkozy, le Président de la République à cette époque", se rappelle Philippe Kalt qui a encadré la photo qui trône dans son bureau. Car l'homme en noir a été engagé en politique. Lors des élections municipales de 2008, Roland Wagner, candidat à la mairie de Colmar, lui propose de l'accompagner sur sa liste. Philippe Kalt accepte le défi. "Ce fût passionnant de vivre une campagne électorale". Battu de justesse (140 voix de retard) par Gilbert Meyer, Roland Wagner déposera un recours devant les tribunaux pour contester les résultats. "La justice nous avait donné raison en ordonnant de nouvelles élections. Je ne suis resté que six mois au conseil municipal, étant élu à la présidence du SAFE la même année", détaille l'intéressé. Durant cette année de présidence à la tête du Syndicat des arbitres d'élite, il sera à "l'origine avec Fredy Fautrel (vice-président) de l'instauration du pécule de fin de carrière". Philippe Kalt démissionnera en février 2009, "lassé par les querelles internes de l'arbitrage français".

 

Passionné de vélo et de ski
 

Philippe Kalt a de quoi s'occuper depuis la fin de sa carrière. Diplômé d'une licence en Administration économique et sociale, il a repris il y a cinq ans l'agence MMA au sein de laquelle il avait débuté. En parallèle, il a relancé, avec cinq associés la station de ski du Gaschney, située dans la vallée de Munster et dont l'activité a repris en janvier 2016. "Cela n'a pas été facile au départ. C'est une aventure humaine et non financière. La station était complètement à l'arrêt. Le maire de la commune m'a poussé à la reprendre. Tout a été transformé. Nous avons acheté une nouvelle dameuse ainsi qu'une moto-neige. Lorsque je suis au Gaschney, je suis reposé, au calme", raconte Philippe Kalt qui est devenu un passionné de vélo en intégrant le Sprinter Club de Munster. "J'ai parcouru plus de 6000 kilomètres depuis mars dernier. J'ai récemment été à Gérardmer et à la Bresse. Nous habitons à côté d'endroits magnifiques que nous méconnaissons".

 Non reconduit dans sa fonction d'observateur à la FFF

 Philippe Kalt continue de suivre la Ligue 1. Durant deux ans, il a continué de collaborer "bénévolement" avec la Direction Technique de l'arbitrage. "Les observateurs de la FFF sont de vrais bénévoles à qui l'on rembourse les frais kilométriques et une chambre d'hôtel dont le prix ne doit pas dépasser une certaine somme, le reste étant à la charge de l'observateur", détaille celui qui a été évincé du groupe des contrôleurs de Ligue 1 sans que les dirigeants de l'arbitrage français n'aient la délicatesse de l'en informer. "Il y a eu des passages à vide ces dernières années. De jeunes arbitres arrivent, avec la tête sur les épaules. Ils sont très fort techniquement. Avec un bon encadrement et des conseils adaptés, l'arbitrage français pourra regagner la confiance des instances internationales. Cela passera bien évidemment par une stabilité et par une reconnaissance pérenne à l'instar des autres grandes nations", détaille Philippe Kalt et conclut : "à titre personnel, j'ai dû refermer le livre de l'arbitrage après 30 ans de services. Mais rassurez-vous, je suis très heureux depuis !". A bon entendeur !

 Qui êtes-vous Philippe KALT ?

 Nom : KALT

Prénom : Philippe

Date et lieu de naissance : 19 août 1968 à Colmar

Profession : agent d'assurance

Clubs : Wintzenheim - Ingersheim

Débuts dans l'arbitrage en 1986

Parcours FFF :

1988/1990 : jeune arbitre de la Fédération

1990/1991 : candidat FFF

1991/1992 : interrégional

1992/1994 : Fédéral 2

1994/2015 : Fédéral 1

Arbitres assistants attitrés en Ligue 1 : Patrick Reinbold - Attilio Ugolini - Jean-Marie Cazali - Erick Ortega - Claude Martinez - Jean-Louis Planchez

Palmarès :

-Finale de la Coupe de France en 2008 : PSG/LYON (0-1)

-358 matchs dirigés en Ligue 1

-Finale de la Coupe de Tunisie

-Jeux de la Francophonie en 2009 au Liban

Une référence en matière d'arbitrage : Georges KONRATH

Les plus grands joueurs que vous avez croisés : ZIDANE - IBRAHIMOVIC - RONALDINHO - RAI - BUFFON

Les entraîneurs les plus "casse-pied" : Guy ROUX - Vahid HALILHODZIC - Guy LACOMBE

Le dirigeant, joueur ou entraîneur que vous aimeriez revoir : Jean-Michel AULAS, Carlo MOLINARI, Laurent BLANC, Jean-François FORTIN, Jacques ROUSSELOT et une pensée pour Louis NICOLLIN que j'appréciais beaucoup.

Un stade : l'Angleterre en terme de ferveur, c'est le pied. Je citerai Anfield, c'est quelque chose d'arbitrer dans un tel stade.

Votre meilleur souvenir : il y en a plusieurs. Mon premier match en D1 (Lens/Rennes) bien sûr. La finale de la coupe de France en 2008 entre le PSG et Lyon et le 1/8ème de finale de coupe de France mémorable entre Clermont et le PSG en 1997.

 
Une anecdote : lors de la saison 1998/1999, je suis désigné sur la rencontre entre Montpellier et Lyon. Je rallie Paris depuis Strasbourg. Je dois m'envoler pour Montpellier depuis Orly. Seul problème : une grève perturbe les transports aériens. Le coup d'envoi du match que je dois arbitrer est à 20h. Je fais l'aller-retour entre Orly et l'Aéroport Charles De Gaulle car on me dit que le vol Paris-Montpellier est détourné. Entre temps, mon billet est vendu. Je fais savoir au personnel de l'aéroport que je dois impérativement décoller. Jean-Pierre Peauger, chargé de m'évaluer ce soir-là me dit : "tu fais ce que tu veux, mais ce soir tu as un match à arbitrer !". L'avion partira finalement à 18h30 pour atterrir à 19h50 dans l'Hérault. "Je vois encore la voiture de Jacques Fiore, en charge de l'accueil des arbitres au MHSC qui m'attend sur le tarmac de l'aéroport avec sa voiture. Il a traversé Montpellier à 100 km/h. Nous sommes arrivés au stade de la Mosson à 20h15 où nous attendait Louis Nicollin et Jean-Michel Aulas qui me demandaient comme je me sentais. J'étais tout blanc et je n'avais rien mangé, si ce n'est quelques cacahuètes dans l'avion de Strabourg à Paris. On m'amena une pizza que je mangeais avant d'enchaîner avec le match qui se déroula sans problème majeur.

 Lionel SCHNEIDER